Résistance & Reconquête

Henri Guaino évoque le droit de vote des étrangers

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Henri Guaino évoque le droit de vote des étrangers

Message par Guzmán El Bueno le Jeu 24 Juil - 9:08

FigaroVox: François Hollande l'a annoncé lors de son allocution du 14 juillet: la réforme du droit de vote des étrangers aux élections locales pourrait faire son retour en 2016. Alors que le pays traverse une grave crise économique et sociale, mais aussi identitaire, le moment vous parait-il bien choisi?

Henri Guaino: Cette annonce est une faute morale et politique. Morale, parce qu'elle ne peut qu'aggraver des divisions qui sont déjà inquiétantes et que le pouvoir instrumentalise dangereusement depuis le début du quinquennat. Politique aussi, parce que ce droit de vote ne pourrait qu'encourager le clientélisme communautariste.

D'un point de vue politicien et cynique, le moment est parfaitement bien choisi. La meilleure stratégie pour un président de la République et un gouvernement en plein naufrage est évidemment de détourner l'attention par tous les moyens, de susciter tous les débats possibles qui permettent de brouiller les cartes et de nourrir les tensions, comme ce fut le cas avec le mariage. Ce n'est absolument pas un hasard si François Hollande remet ce débat sur la table. Il est certain qu'il y en aura d'autres: la PMA, la GPA, l'euthanasie, la théorie du genre….

En revanche, s'il s'agit de savoir si c'est le bon moment pour le pays, je vous répondrai qu'il ne saurait y avoir aucun bon moment pour une réforme pareille. Dans un pays qui souffre d'une aussi profonde crise identitaire, sur un continent où l'idée de nation est à ce point en crise, où la question des droits et des devoirs du citoyen est posée avec une telle acuité comme elle ne l'a peut-être jamais été dans l'histoire européenne, quand le communautarisme apparaît aussi menaçant pour l'unité nationale, cette proposition est destructrice: elle ne peut que nourrir tous les extrémismes. Face à la dislocation sociale, à l'anomie, nous avons à reconstruire en priorité un sentiment national, un sentiment d'appartenance, à redéfinir les droits et les devoirs de chacun par rapport à son pays. On ne répond pas à cette impérieuse nécessité politique et morale de reconstruction en portant un nouveau coup à la nationalité.

Sur le fond, faut-il remettre en cause le lien entre citoyenneté et nationalité? Le risque n'est-il pas de créer une citoyenneté à deux vitesses?

Disons plutôt que ce serait destructeur de la citoyenneté! Qu'est-ce que serait une citoyenneté détachée de la nation?
La citoyenneté doit toujours être fondée sur des liens très profonds de solidarité, le sentiment d'une destinée commune. C'est la nation qui fait la citoyenneté qui la justifie et qui la défend. Quelle vision de la nation nous propose cette dissociation entre la nationalité et la citoyenneté? Une citoyenneté qui ne repose plus que sur une adresse! Mais appartenir à une nation, ce n'est pas seulement avoir une adresse, cela procède d'un engagement profond, osons les mots d'un amour, d'une fidélité, d'une fierté. Dès lors que la citoyenneté se détache de la nationalité, que devient l'engagement civique?

Peut-on voir dans cette nouvelle proposition, une tentative de réponse, même maladroite, à la crise de l'intégration que traverse la France actuellement? Pourquoi a-t-on de de plus en plus de mal à «fabriquer des Français»?


Si l'on a de plus en plus de mal à fabriquer une conscience nationale, à la faire partager n'est-ce pas d'abord parce que nous n'attachons plus assez d'importance à la nationalité. A l'origine de notre échec, il y a une forme de reniement. Si nous considérons collectivement qu'être Français est devenu quelque chose d'anecdotique dans le monde d'aujourd'hui, comment pouvons-nous faire partager à quiconque, et d'abord à nos propres enfants l'amour de la France? Si nous laissons détruire l'unité et l'indivisibilité de la Nation, comment éviter le communautarisme et les tribus?

Le reniement s'exprime dans les mots eux-mêmes. La faute intellectuelle et morale que nous avons commise, a été d'abandonner l'idée d'assimilation, idée profondément républicaine dans laquelle le nouveau venu, tout en conservant sa propre histoire, tout en ayant le souvenir de ses racines et l'amour de ses origines, accepte de prendre en partage une autre histoire, une autre culture, une autre langue, une autre façon de vivre et d'être avec les autres. A partir du moment où nous avons renoncé à cette dimension culturelle et morale de l'appartenance à la nation française, au profit d'une logique d'intégration qui exprime simplement une dimension économique, sociale et matérielle, nous avons renoncé à faire une nation. Car comme le disait Renan, une nation est «une âme, un principe spirituel» et «un plébiscite de tous les jours». Si vous enlevez la culture et la morale partagées, une langue, une pensée, des mœurs, une politesse, la conscience d'une destinée commune, vous détruisez les fondements de la nation et la nationalité n'est plus qu'une formalité administrative. Que reste-t-il alors de la solidarité, de la fraternité, du sentiment que ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise? Qui est prêt à défendre la liberté des autres? Et que veut dire alors le mot égalité?

Faut-il revoir les conditions d'accès à la naturalisation?

La naturalisation doit être l'effet d'un acte de la volonté. Il faut donc la demander et prouver que l'on est non seulement intégré, mais aussi assimilé, que cette assimilation, on la veut tellement que l'on ne relâchera jamais ses efforts pour l'approfondir. La nationalité française est la récompense de cet effort et ne saurait être autre chose. Et pour les enfants qui ont vocation à obtenir la nationalité française parce qu'ils sont nés sur le sol français de parents étrangers, ça ne peut pas être non plus d'une automaticité totale, il faut qu'il la demande, que ce soit un souhait de leur part. Trop de gens aujourd'hui ont obtenu la nationalité française sans la demander et ne se considèrent donc en rien engagés par celle-ci. La réforme Pasqua du code de la nationalité qui avait été précédée d'une vaste consultation était une bonne chose et on a eu tort d'y renoncer. Il faut une manifestation de la volonté.

Dans un contexte de mondialisation et de forte pression migratoire, doit-on remettre en cause le Droit du sol?

J'y suis hostile car celui-ci est aussi un antidote contre le terrible poison des généalogies, de la pureté du sang et de la race. On peut discuter des aléas du Droit du sol en France depuis 200 ans. Je pense malgré tout qu'il est consubstantiel à une certaine idée française de l'Homme et de la citoyenneté.

Mais comme tous les principes, il ne peut pas être mis en œuvre sans aucune limite, sans aucun encadrement, sans aucune règle, sans aucune condition. Ce n'est déjà pas un principe absolu car il faut avoir vécu un certain temps sur le territoire français pour l'exercer. Il faut mieux l'encadrer. Lorsque les parents sont en situation irrégulière, cela pose un problème et quelqu'un qui a été condamné plusieurs fois avant d'avoir atteint l'âge où il peut obtenir la nationalité, doit-il se voir accorder le droit d'être français automatiquement? Pourquoi quelqu'un qui ne respecte aucune règle, aucune loi, qui ne respecte pas ceux avec lesquels il prétend vouloir vivre serait-il accueilli dans la communauté nationale les yeux fermés.

Sans remettre en cause le principe du droit du sol, il faut revoir les conditions d'acquisition de la nationalité. C'est exactement la même chose pour le principe de libre circulation à l'intérieur de l'Union européenne. Cela ne peut pas être un principe absolu dégagé de toutes règles, de toutes conditions. Ce n'est pas possible. La France est une société en crise qui a atteint un niveau de vulnérabilité qui rend aujourd'hui plus réduites ses capacités d'assimilation. Elle ne peut pas ouvrir sans aucune règle, sans aucune condition, sa porte à tout le monde.

Après les incidents qui ont émaillé les matchs de l'Algérie lors de la Coupe du monde, Marine Le Pen a proposé de supprimer la double nationalité. Est-ce une piste qui pourrait être étudiée?

Humainement ce serait très compliqué. Les gens ont des histoires particulières et vous ne pouvez pas les couper d'une partie de leur histoire qu'ils viennent d'Algérie, des Etats-Unis ou d'ailleurs. Il n'y a rien de pire que les réponses à l'emporte-pièce parce qu'elles ne prennent pas en compte la complexité humaine, morale, ou sociale de la vie. Cela nous enfermerait de manière mortifère.

En revanche, la République française n'a à connaître qu'une seule nationalité: la nationalité française. Elle doit exiger de chacun de ses citoyens exactement les mêmes devoirs sans se préoccuper de ce que peut exiger l'autre nationalité. Le citoyen français n'a de devoir aux yeux de la République française qu'envers la France. La France n'a pas à connaître, à tenir compte d'autres devoirs. La France autorise les doubles nationalités mais n'en reconnaît qu'une seule. Le citoyen français respecte les lois françaises, les mœurs françaises, le drapeau français et les obligations françaises. Appliquons sans dureté mais avec fermeté les principes qui sont les nôtres, qui fondent notre manière de vivre, notre civilisation. Personne n'est obligé d'être Français. Si vous êtes citoyen français, vous êtes citoyen français à part entière, vous ne l'êtes pas à moitié. Vous n'avez pas la moitié des devoirs et la totalité des droits! (Sources : Figarovox - 22 juillet 2014)

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